L'instinct maternel félin

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L’instinct maternel : C’est un concept à la fois complexe et précis que l’on assimile à la façon qu’a une mère de bien s’occuper de ses petits. Mais est-ce si simple et si réducteur ? D’où vient-il ? Une chatte a-t-elle toujours ce fameux instinct  envers ses chatons. Gwendoline LE PEUTREC-REDON, comportementaliste spécialiste des relations Homme/Chat, nous en apprend un peu plus.

 Qu’est-ce que c’est ?

 On entend par « instinct » quelque chose d’inné, qui ne s’apprend pas et par « maternel » ce qui a trait à la mère. On associe à ceci les soins prodigués et bien prodigués à une progéniture. Mais cela est-il correct ? On va s’intéresser ici à l’instinct maternel chez le chat donc en laissant de côté tous les aspects culturels et sociologiques qui pourraient se retrouver dans ce concept chez l’humain.

 Charles Darwin disait : « lorsqu’on lit les exemples touchants d’affection maternelle, rapportés si souvent au sujet des femmes de toutes les nations, et des femelles de tous les animaux, comment douter que le mobile de l’action ne soit pas le même dans les deux cas ? ». Il s’agirait alors de l’affection apportée aux petits et des soins qui leur permettent d’évoluer convenablement. Ainsi, après la mise-bas, il y aurait cette sorte de pulsion instinctive qui motive la chatte à prendre soin de ses chatons.

 Les progrès en éthologie tendent à prouver qu’il y a bien  une part d’instinct, d’inné dans ces comportements mais que leur efficacité réside aussi dans l’expérience. On ne peut donc pas réduire l’expression « instinct maternel » à une « bonne mère » ! Biologiquement, les hormones poussent aussi les chattes à adopter certaines attitudes comme les femmes. Plus une chatte aura de portées et plus elle sera performante car elle aura appris comment être efficace avec ses petits.

 Chez le chat, les mâles n’apportent aucun soin aux petits et n’interviennent nullement dans la socialisation et l’éducation des chatons. Si la mère chatte est bien équilibrée, qu’elle met bas dans des conditions favorables et apaisantes alors il y a toutes les chances  qu’elle se débrouille parfaitement avec ses chatons. A contrario, si la chatte a, par exemple, été séparée de sa mère lorsqu’elle était chaton et n’aurait pu être imprégnée correctement à son espèce ou bien qu’elle ait été gestante trop tôt ou encore qu’elle vive dans un environnement insécure alors certaines défaillances peuvent être observées.

 Cela n’est pas rédhibitoire : les femelles qui vivent en groupe, en élevage par exemple, pourront améliorer les divers comportements de soins et d’éducation en observant les autres femelles qui seraient plus performantes dans le domaine.

 Les soins maternels

 La mère s’occupe déjà de ses chatons pendant la période de croissance in utero : elle peut être amenée à se lécher le ventre ou les flancs quand les petits se font remuant ou bien ronronner pour les apaiser. Mais c’est bien lors de la période néonatale que le fameux instinct maternel apparaît. Lors de la mise-bas, la mère coupe le cordon ombilical, déchire et mange le placenta : cela serait une façon à la fois de prendre des forces et de ne pas laisser de traces pour les prédateurs.

 Elle lèche le nouveau-né pour le nettoyer et le sécher : le petit est incapable de réguler sa température à la naissance. Ce comportement est primordial puisqu’il est aussi la première fois que la mère va imprégner le chaton de son odeur : L’attachement maternel aux chatons se met donc en place dès la naissance lorsque la mère lèche ses petits sur des bases olfactives, visuelles et auditives. Ainsi, lors d’une césarienne, la femelle qui n’a pas vu « sortir » ses chatons peut les rejeter. On peut aussi faire « adopter » des chatons à une femelle si la mère biologique de ceux-ci ne pouvait pas s’en occuper s’ils sont encore assez petits (moins de 3 semaines) et dans les 3 premières semaines suivant la mise-bas de la mère adoptive. Elle finira par s’y attacher comme s’il s’agissait de ses propres chatons. Au-delà de ces périodes, le processus d’attachement filial/maternel serait trop engagé.

 Pendant le « séchage », la mère présente son ventre pour que le petit trouve une mamelle afin de téter le colostrum indispensable à sa protection immunitaire. Le ronronnement qui accompagne l’allaitement influence fortement le futur comportement du chaton puisque cet échange tactile et sonore a une fonction apaisante. Un chaton sécurisé et rassuré dans ses premières semaines de vie aura de meilleures chances d’être un futur chat équilibré.

 Dix jours plus tard environ, lorsque le chaton a ouvert les yeux, commence la période dite de « transition ». Période extrêmement importante puisque se déroule à ce moment le processus d’imprégnation : le chaton s’assimile à l’espèce féline. Ainsi, il saura qu’il est un chat, que l’adulte qui s’occupe de lui est sa mère, qu’il peut communiquer avec des codes sociaux spécifique, qu’il doit se reproduire avec des individus de son espèce. Séparé de sa mère à ce moment, le chaton souffrira quasi assurément de troubles comportementaux à l’avenir.

 Les chatons ne peuvent faire leurs besoins seuls à la naissance car leurs sphincters ne sont pas contrôlés neurologiquement, ainsi, la mère va lécher la zone périnéal de ses rejetons après chaque tétée pour les aider à évacuer. C’est un comportement instinctif nécessaire sans lequel les petits risqueraient une occlusion intestinal. D’ailleurs, si vous devez vous occupez un jour de chatons abandonnés, n’oubliez pas après chaque  biberon de frotter doucement avec un chiffon tiède la zone périnéale pour qu’ils puissent se soulager.

 A partir de 15 jours, 3 semaines c’est la période de sociabilisation qui commence et qui correspond à l’éducation des chatons, à l’apprentissage au travers de diverses expériences, à la familiarisation avec les divers stimuli environnementaux. A ce moment, la mère va montrer au chaton comment se nourrir seul, comment boire, comment aller à la litière, comment chasser… Elle va lui apprendre à contrôler ses morsures et ses griffures lors des bagarres de chaton qui dégénèrent et à bien communiquer avec ses congénères chats. Elle sera présente pour le rassurer quand il aura peur et le calmer quand il sera un peu trop agité.

 Etape indispensable donc pour que le chaton construire sa jauge émotionnelle, sa capacité d’adaptation et être un chat bien dans ses coussinets. Elle dure jusqu’au 3 mois (minimum) du chaton et c’est la raison pour laquelle il est vivement déconseillé d’adopter un chat avant cet âge charnière ! La grande majorité des chats pour lesquels j’interviens pour des problèmes de comportement ont été adoptés avant 3 mois !

 La séparation

 A partir de 3 mois, on peut considérer que la majorité des apprentissages a été effectuée et que le chaton peut être adopté mais, dans la nature, la séparation de la mère et des chatons intervient un peu plus tard été de manière progressive.

 On peut parler aussi d’instinct maternel à proprement dit puisqu’il s’agit d’un comportement instinctif à l’initiative de la mère permettant la survie de l’espèce. En effet, le chat est un animal solitaire et territorial et les ressources le permettant, il devra s’éloigner de ses congénères pour établir un domaine vital pour chasser et se reproduire le plus vaste possible.

 Ainsi, la mère commence à repousser ses chatons en refusant les tétées (qui sont devenues un comportement de confort avec le temps) et les échanges affectifs de sorte qu’à 4 mois, les petits mâles doivent avoir pris leur indépendance. Les femelles sont tolérées un peu plus longtemps, jusqu’à 5 mois environ. Pour ce faire, la mère chatte peut avoir des comportements d’agression et de menace pour que les adolescents aillent voler sous de cieux plus accueillants !

 Qu’en retenir ?

 Que ce qu’on appelle instinct maternel est un ensemble de comportements et de soins motivés par des processus biologiques en plus d’actions innées ayant pour but le développement et l’éducation des chatons jusqu’à leur indépendance. Hormis les femelles très stressées et/ou ayant été séparées de leur mère trop tôt, toutes les mères chattes sauront s’occuper de leurs petits avec plus ou moins d’efficacité en fonction de leur propre expérience infantile, de l’apprentissage qu’elles retirent de chaque portée et du contexte dans lequel elles évoluent.

 Le concept de « bonne ou mauvaise mère » est très anthropomorphique : il ne faut pas confondre les femelles à l’aise dans leur maternité et celles qui n’ont pas eu toutes les conditions pour être optimales.

                                                                                                   

     Gwendoline LE PEUTREC-REDON