Chat domestique, chat sauvage : quelles sont les différences ?

Lorsque l’on parle du chat, on le caractérise comme un « animal domestique ». Pourtant, la domestication du chat n’est pas une telle évidence, et les différences entre les chats « sauvages » et les chats « domestiques » sont bien fines.
La domestication se caractérise par le fait d’isoler un groupe d’animaux au sein d’une espèce et de contrôler leur déplacements et leur reproduction. Un animal « domestique » devient la propriété de l’humain et dépend de lui pour sa survie.


Cette définition de la domestication suffit à nous faire découvrir que le chat n’est pas vraiment un animal « domestique » dans la plupart des cas.
En fait, on distingue quatre catégories dans lesquelles ont classe les chats, justement en fonction de leur rapprochement à l’humain.
Les chats « marrons » sont des chats qui vivent à l’état sauvage sans aucun contact avec l’humain. Ils ne se laissent pas approcher, et c’est à peine si on peut les observer facilement. Ils vivent surtout la nuit, heures propices à la chasse.


Les chats « harets» vivent à l’état sauvage (il assure eux-mêmes leur survie par la chasse) mais ils profitent parfois de l’abri et de la nourriture fournie par les humains. Ils tolèrent la présence de l’homme mais se laisse difficilement approcher ou caresser. Les chats harets profitent généralement des largesses des associations ou des bénévoles qui font des tournées dans les villes pour leur distribuer de la nourriture. Hormis les chats que l’on parvient à attraper pour les stériliser on ne maîtrise pas leur reproduction.
Le chat « libre » ou « errant » est un chat menant une vie en étroite cohabitation avec l’homme qui lui assure une grande partie de sa nourriture. C’est typiquement le chat qui viendra faire un somme sur votre canapé ou qui profitera de la pâtée que vous lui donnez et qui repartira peu de temps après dans la nature pour vivre sa vie de chat…
Il est vivement recommandé de ne pas adopter un chat haret ou libre et de le rendre captif : c’est un moyen rapide et sûr de faire apparaître chez lui des troubles de comportements.


Le chat domestique familier est le seul chat qui vit vraiment en étroite cohabitation avec l’homme qui l’abrite, le nourrit, le protège, le câline. Il devient dépendant de l’homme s’il est captif. Mais il peut aussi assurer en partie sa survie par la chasse s’il est laissé libre. Parfois, il assure sa survie en sachant simplement à quelle porte miauler pour recevoir de la nourriture !  Ce qui ne veut pas dire qu’il en dépend pour survivre. Dans cette catégorie, on retrouve tous les chats de race dont la reproduction à été contrôlée, ainsi que les chats qui ont été adoptés, élevés par l’humain dès leur naissance ou avant leur 3ème mois. Enfin, tous les chats qui sont simplement et purement en captivité chez leur « propriétaire ».
 
 
Encadré : "mon chat en consultation"
Roméo à été trouvé à l’âge de 2 semaines environ au bord d’une route, et récupéré in extremis par Sophie qui l’a tout de suite adopté. Après l’avoir fait soigner (puces, tiques et galles étaient légion), elle a pris en charge sont sevrage en biberonnant Roméo jusqu’à ses 3 mois. Depuis, Roméo est devenu ce que l’on appelle un « chat-chien » : il est tellement étroitement lié à Sophie, qu’il la suit partout, dort avec elle, miaule régulièrement simplement pour le plaisir de communiquer. Quand elle rentre chez elle, il l’accueille avec liesse et se frotte à elle, miaule, et demande des caresses avec insistance.
Il vit en appartement, et dépend complètement de Sophie au niveau matériel. C’est un chat domestique familier, qui dépend aussi de sa propriétaire au niveau affectif. S’il venait à être abandonné, son premier réflexe serait de se rapprocher des habitations humaines pour trouver une demeure où il serait bien accueilli. Combien d’entre-nous ont ainsi trouvé un jour un chat sur le perron de la porte, qui ne demandait qu’à s’installer au chaud et à l’abri sous nos caresses ?
 
A l’inverse, voici l’histoire de Gérôme. Il repère un jour chez ses grands-parents vivant à la campagne, dans le hangars situé au fond du jardin, une portée de chaton qui semble abandonnée. Se prenant d’amitié pour l’un des chatons, il décide de l’adopter. Le vétérinaire estime qu’il a environ 5 mois. Gérôme le baptise « Pistache » et l’emmène vivre dans un grand appartement Lyonnais. Quelques mois s’écoulent. Pistache est adorable, très câlin, mais il commence à développer des comportements particulièrement gênants : il réveille son maître toutes les nuits en miaulant à tue-tête. La journée, il urine près de la porte d’entrée et sur le lit de Gérôme. Et depuis peu, il se grignote en permanence le bout la queue.
Une comportementaliste intervient pour tenter de résoudre le problème. Hélas ! Il n’existe pas de solutions miracles : Pistache à vécu ses premiers mois en totale liberté. C’est un chat « libre », qui ne peut donc pas supporter la captivité. Toute la frustration ressentie par Pistache dans cette situation se transforme en comportements exécutoires. Après de longues réflexions et malgré le déchirement que cela représente, Gérôme décide de ramener Pistache là où il l’a trouvé, avec le soutien de ses grands-parents qui lui assurent qu’ils tâcheront de s’occuper du chaton s’il se montre demandeur. Hormis quelques caresses et un peu de pâtée le soir, Pistache ne réclamera pas beaucoup de la part de ses bienfaiseurs, et retournera à sa vie de chat…libre. Parfois il ramènera quelques souris sur le perron de la porte, comme pour dire « merci » pour cette chère liberté.

Florence d'Ivernois, éthologue et comportementaliste pour chat