L'attachement du chaton à sa mère

L’attachement est un besoin vital au même titre que manger et dormir. On comprend alors pourquoi il est essentiel que le chaton puisse s’attacher à sa mère ou à la personne qui va la remplacer. Sa vie et son équilibre en dépendent.


L’attachement


Lorsque le chaton naît, il va s’attacher à sa mère dès le départ et pour toute sa vie. Loin d’être une simple relation de confiance et d’affection, il s’agit du principe le plus fondamental à la vie. La science à découvert il y a une vingtaine d’année déjà que l’attachement est un besoin vital au même titre que manger ou dormir. Si la mère décède ou délaisse son petit et qu’aucun individu de viens prendre le relais pour que le chaton puisse s’y attacher, alors en quelques jours le chaton meurt ou sombre dans un état de mort psychique. Sans attachement, pas de vie. N’importe quel animal ou humain peut devenir « «l’être d’attachement » d’un chaton à partir du moment où il s’en charge et joue le rôle de la mère en lui apportant  nourriture, affection, chaleur et présence.


La qualité de l’attachement


Si l’attachement est vital pour le chaton, la qualité de cet attachement est aussi très important. Si l’individu qui s’occupe du chaton (que ce soit une chatte ou un humain, un chien ou autre) ne s’occupe pas bien du petit, le laisse trop longtemps seul, n’interagit pas avec lui, le punit violemment ou bien se montre imprévisible, alors le chaton n’est pas capable de s’attacher correctement à cet individu. Cela entraînera inévitablement des troubles comportementaux tôt ou tard. Paradoxalement, cela peut par exemple entraîner un hyper attachement source de grande détresse en l’absence de l’être d’attachement. L’agressivité et une hyper-émotivité peuvent aussi venir de là. L’attachement permet une bonne construction psychologique et émotionnelle. Voilà pourquoi il est considéré comme « maltraitant » de recueillir un chaton et de le laisser plusieurs heures seul avant qu’il ait atteint l’âge de 4 mois. Il est tout aussi dommageable de le punir avant sa première année.
Attention de ne pas confondre le sevrage alimentaire avec le sevrage social et affectif. Ce n’est pas parce qu’un chaton mange de la nourriture solide qu’il peut se passer de dormir au chaud avec son être d’attachement, téter et faire de gros câlins.


L’empreinte


Cet autre phénomène précède de peu l’attachement. Il correspond au fait que le petit chat va s’imprégner, s’identifier pourrait-on dire, à l’individu qui va s’occuper de lui au cours de ses 8 premières semaines de vie. Si c’est sa mère biologique qui s’est occupée de lui, alors il se prendra pour un chat. Si c’est un humain qui l’a adopté et biberonné, le chaton sera imprégné de l’humain. Cela va si loin qu’un chat n’ayant cohabité qu’avec des humains pendant plusieurs années sans rencontrer d’autres chat sera terrifié à la vue d’un chat et se sentira au contraire parfaitement à l’aise avec un humain inconnu.
 
Encadré : "Mon chat en consultation"


Lunette, petite chatte de trois ans, ne peux pas se passer de sa propriétaire. Dès que celle-ci part en vacances ou en déplacement professionnel, elle refuse de manger pendant au moins 10 jours et semble déprimée. Sophie, la jeune propriétaire de Lunette aimerai savoir comment organiser ses départs pour que cela soit moins traumatisant pour sa chatte.
Le récit de l’enfance de Lunette mettra en avant que celle-ci a été séparée de sa mère à moins d’un mois et s’est retrouvée en refuge pendant près de 4 mois. Enfermée dans une cage, elle ne recevait que peu de soins et d’attentions. Dès que Sophie l’a adopté, la petite Lunette a fixée sur elle tout son besoin d’attachement qui s’est transformé en Hyper-attachement, déclenchant détresse dès que celle-ci s’absente plusieurs jours. Lorsqu’il s’agit de vacances de plus de huit jours, je propose à Sophie de tout faire pour qu’elle puisse emmener avec elle Lunette. Pour des déplacements professionnels ou bien des vacances courtes (week-end prolongés par exemple), le mieux sera de mettre Lunette en pension chez une personne qui deviendra sa « référente ». Il s’agit de s’arranger pour que ce soit toujours la même personne qui s’occupe de Lunette. Elle pourra ainsi s’y attacher aussi, limitant sa détresse. Il est particulièrement déconseillé de laisser Lunette seule, même deux jours, avec quelqu’un qui passerai à son domicile. Ce mode de garde n’est absolument pas adapté à ses difficultés.
 
Peluche était le chat de Fernande, une charmante grand-mère de 87 ans. Cela faisait bientôt 10 ans que Fernande et Peluche partageaient leur vie ensemble. Jusqu’au jour où Fernande est décédée. Ses petits enfants ont alors décidé de récupérer Peluche chez eux.
Depuis ce jour, Peluche reste prostrée dans le fond d’un placard et refuse de s’alimenter. Fernande avait recueilli Peluche alors que ses yeux n’étaient même pas ouvert. Elle était donc devenue l’unique être d’attachement de Peluche, par ailleurs extrêmement peureuse et ne se laissant approcher par personne d’autre. Prévenu de la situation, le vétérinaire avait tenté de la mettre sous antidépresseurs. Mais il était impossible de lui faire avaler les comprimés sans créer à chaque fois un cataclysme chez cette pauvre petite chatte. Il avait proposé de la mettre sous perfusion à la clinique. Mais ses nouveaux propriétaires s’y refusaient, sachant qu’elle se retrouverai dans une immense panique et détresse morale. Je conseillais qu’une personne se dévoue pour jouer le rôle de l’être d’attachement afin de récréer un lien avec Peluche et lui redonner le goût de vivre. Sans intrusions, avec beaucoup de patience, cette personne était restée auprès de Peluche, lui parlant doucement, tentant de lui faire régulièrement sentir sa présence et sa bienveillance.
Mais au bout de 15 jours, Peluche est partie, elle aussi. C’était avec Fernande ou rien. C’est rare, mais cela arrive parfois, malgré tous les efforts possibles. Peluche n’a pas supporté la perte de son être d’attachement, pilier vital dont elle ne pouvait se passer pour vivre.

 

Florence d'Ivernois, éthologue et comportementaliste pour chat