«La territorialité chez le chat  »

Pourquoi voit-on sont chat préférer le canapé du salon pour faire ses griffes, dormir sur le lit ou un espace qui nous semble inconfortable, uriner dans un endroit qui nous paraît inapproprié ou bien encore se frotter à des meubles un peu partout ? Gwendoline LE PEUTREC-REDON, spécialiste de la relation Homme/Chat nous éclaire sur ce qu’est la territorialité et comment permettre à son chat de pouvoir l’exprimer correctement.

Un peu d’explications

Le chat est un animal territorial et c’est bien le premier adjectif que l’on doit utiliser pour cette espèce. La territorialité est une notion complexe et variée, il s’agit de délimiter et défendre un territoire sur lequel différentes ressources sont disponibles et intéressantes pour un individu.
Ainsi, le chat va marquer son territoire et le défendre des autres chats à l’état libre mais, en cohabitation avec l’homme, celui-ci se voit de partager ce territoire avec les êtres humains et autres animaux de la maison. Ce qui peut entraîner des difficultés lorsque l’environnement du territoire et celui-ci même sont inadaptés aux comportements habituels des félins.
Sachant que la territorialité d’un individu ne s’exprimera pas toujours de façon constante, qu’elle dépend de facteurs endogènes (à l’intérieur de l’organisme) et exogènes (à l’extérieur de l’organisme), on remarquera des différences en fonction des saisons, de la densité de population, du sexe de l’animal, de la période de reproduction, de la stérilisation…
Il faut bien comprendre également que la vision du territoire pour un chat n’est pas perçue comme un ensemble mais bien comme un assemblage de divers lieux et divers objets (voire de personnes dans certains cas) ). Ainsi, la cuisine peut être un territoire mais dans celle-ci, le rebord de fenêtre en est un, la zone de nourriture en est une autre et le dessus du réfrigérateur encore un. Le sac de courses oublié sur le plan de travail est typique d’un nouveau territoire à conquérir et on verra alors son chat se fondre dans le sac, se rouler, se frotter et même s’y installer confortablement !

Comment le chat marque t-il son territoire ?

Il y a quatre grandes manières répertoriées de marquage de territoire chez le chat : les marquages urinaires ou fécaux, les griffades, les frottements phénoménaux et la position ‘d’occupation de l’espace‘.

Chaque fois que le chat urine, même par simple besoin d’élimination naturelle, il y aura toujours une fonction de marquage. L’intérêt olfactif que cela représente pour les autres individus est principal puisque cette odeur a une durée de vie non-négligeable et est perçue par tous. Quand les conditions autour de la litière ne sont pas réunies, le chat va commencer à marquer en dehors et même à déféquer ! L’odeur est plus forte sur l’instant et visuellement, on ne peut généralement pas passer à côté de ce bel étron.

La deuxième manière privilégiée des chats pour marquer leur territoire est les griffades des meubles, des murs, des portes, du papier peint, des griffoirs, des tapis et tout ce qui lui est possible de griffer dans ou hors de l’habitation. Du moment que le chat griffe quelque chose c’est qu’il considère que cela sera perçu par tous. C’est d’un grand intérêt visuel car les griffades sont indélébiles et le chat choisira principalement des endroits où vous-même avez vos odeurs (canapés, lits, coussins…) ou des endroits de passage et fréquentés (portes et murs d’entrée, chambre et cuisine, chambranles de portes).

Quand votre chat se frotte aux meubles ou aux murs, voyez-y un marquage phéromonal. Au niveau des joues, entre l’œil et l’oreille, sur les épaules et la base de la queue, les félins ont des glandes phéromonales qui servent à marquer leur territoire notamment. C’est un message pour les autres mais aussi pour eux signifiant « c’est mon odeur, c’est chez moi, je m’y sens bien ». Quand un chat se frotte alors trop souvent, il faut y voir une alerte d’un mal-être car ce marquage devient un moyen de s’apaiser.

Qui n’a pas vu son chat venir s’étaler sur nos liasses de papiers, sur le magazine qui traîne sur la table, s’allonger fièrement au centre de la table ou sur le clavier d’ordinateur que l’on utilise ? Quelle manière idéale de s’approprier un objet ou un lieu en y trônant fièrement, allongé sur le flanc, la tête bien haute en scrutant les alentours ! Voici la dernière façon qu’a notre chat de marquer son territoire. Il y a même des chats si territoriaux que leur propriétaires devient un objet convoité et il ira s’allonger sur eux, leurs jambes (sans chercher un contact affectif avec des caresses de la main).

On voit alors que chaque façon a un intérêt soit olfactif, soit visuel, soit phéromonal mais que leur intensité et leur fréquence va varier en fonction de chaque chat et de chaque situation.

Comment le chat délimite t-il son territoire ?

Le chat va délimiter son territoire en fonction de la zone où il lui est possible d’évoluer. Un chat ayant accès à l’extérieur aura une zone de marquage et de défense plus large que le chat captif d’un appartement urbain, ce qui diminue parallèlement les risques de blessures dus aux combats avec les autres chats du quartier.

Dans une maison, le chat va avoir un lieu ou plusieurs lieux pour ses besoins : conditionné au cours de la domestication à utiliser la litière, celle-ci sera privilégiée pour autant qu’elle soit bien placée d’un point de vue territorial et que le chat y ait été habitué lors de son développement précoce. Pour les griffades, les supports verticaux sont généralement préférés mais cela sera principalement dans des endroits de passage ou marqués de vos odeurs. Il y a la zone de nourriture mais contrairement aux idées reçues, elle n’est pas à éloigner au maximum de la litière ! En effet, c’est y faire un anthropomorphisme que d’imaginer que c’est sale ou désagréable. L’odeur de l’urine est agréable pour le chat, cela le rassure et lui indique qu’il est chez lui !! Alors même s’il ne faut pas coller les gamelles de croquettes et d’eau contre la litière, elles peuvent être placées non loin. Les zones de sommeil/repos seront choisies par le chat souvent en hauteur car ils s’y sentent protégés mais que l’endroit soit moelleux ou dur, les félins s’en y accommodent très bien. Les radiateurs ou endroits chauds sont très prisés également.
Dans le jardin (ou l’extérieur plus généralement), le chat va avoir les mêmes territoires dédiés mais l’intérêt réside dans la rencontre d’autres chats extérieurs à ce territoire. Là, intervient la défense territoriale qui n’est pas aussi prégnante que dans la maison. Le chat qui vagabonde sur son territoire particulier (qui se délimite souvent au jardin) défendra ardemment celui-ci si un autre félin belliqueux cherchait à s’emparer d’un espace. Ainsi, un chat du sexe opposé est un peu mieux toléré dans certaines parties du territoire.
Il y a aussi des territoires dits « collectifs » dans les quartiers où tous les chats se croisent plutôt pacifiquement tout en n’hésitant pas à griffer arbres et tout objet intéressant en guise de démonstration territoriale paisible.

Lors des périodes de reproduction (de février à août), les conquêtes territoriales deviennent plus marquées et les mâles n’hésitent pas à combattre d’autres chats, poussés par les hormones, et ainsi a agrandir sa zone de rencontre avec d’autres femelles.

Quand ça dérape !

Certaines situations ou facteurs peuvent amplifier les besoins de territorialité d’un individu et rendre ces comportements invivables pour les propriétaires non-avertis. Dès qu’un chat ne peut plus exprimer suffisamment ou correctement sa territorialité, il cherchera toutes les manières pour ce faire. De même que les frustrations en tout genre vont faire ressortir cette territorialité car elle apaisera le chat stressé. Le chat est un animal territorial, on ne peut contrer le mode d’expression de cette espèce car rien ne l’en empêchera et surtout pas les réprimandes et sanctions physiques.

En effet, l’amplification d’un marquage (urine/griffades…) est souvent sanctionnée par les propriétaires cherchant à éduquer leur chat mais de ces réprimandes découlera obligatoirement du stress qui amèneront le chat à s’apaiser et donc à marquer son territoire encore plus : le serpent se mord la queue … Dans des situations comparables, l’aide d’un comportementaliste permet de retrouver une situation saine et correcte.

Comment faire alors ?

Pour que votre chat puisse exprimer ce qu’il est profondément, c’est-à-dire territorial, tout en en cohabitant sans débordement, il faut juste faire preuve d’un peu de compréhension. Si on respecte son animal et qu’on cherche à le comprendre alors on aménagera son intérieur pour qu’il s’y sente bien : on placera une litière dans une pièce à vivre, on lui proposera des griffoirs ou arbre à chat dans des lieux de passage, on lui aménagera des endroits en hauteur, on ne lui interdira pas l’accès systématiquement à toutes les pièces par exemple. D’un point de vue physiologique, on le soulagera de toutes les tensions liées à la reproduction en le faisant stériliser, même s’il n’a pas accès à l’extérieur pour éviter un marquage renforcé, les infections de l’utérus pour les femelles (pyomètre/métrite) et les abcès d’après bagarres territoriales.
Quand on observe son chat qui marque son territoire (peu importe la manière), on le laisse tranquille pour exécuter complètement son schème comportemental et ne pas créer de stress.
On évite toutes les odeurs qui perturbent l’univers olfactif du chat (parfum de synthèse par exemple). On fait attention aux enfants qui ne doivent pas envahir l’espace du chat systématiquement. Si on décide d’avoir un autre chat ou chien, on fera la mise en présence de manière adaptée (l’aide d’un comportementaliste à priori est vivement conseillée).

Sachez donc que votre chat a besoin de marquer son territoire et que plus vous respectez les comportements qui en découlent et proposez des supports adaptés et moins vous aurez de désagréments. Ayez toujours à l’esprit que vous ne pourrez contrer ce comportement instinctif et qu’il sera toujours plus efficace de rediriger que de punir au risque sinon d’empirer la situation.

Gwendoline LE PEUTREC-REDON
                                                                                                     Comportementaliste spécialiste du chat

 

 

Qu'entendons-nous souvent ?

° "J'en ai marre, mon chat pisse partout"

"Mon chat a voulu se venger, il a fait pipi" °

° " Mon chat est méchant, il m'a mordu"

"Quand je caresse mon chat, il ronronne puis il me mord" °

° "J'ai l'impression que mon chat ne comprend pas ce que je lui dit"

"Mon chat est fou, il court partout et grogne tout seul" °

° "Il est pot de colle, mon chat me suit partout comme un petit chien"

"Mon chat miaule tout le temps, même la nuit, sans s'arrêter" °

° "Mon chat gratte à la porte, j'en ai marre"

"Mon chat fait ses griffes sur le canapé ou les murs d'entrée" °

° "Mon chat a des problèmes de comportement"

"Je ne sais plus quoi faire avec mon chat" °

° "J'ai besoin d'aide, je ne comprends pas les comportements de mon chat"

"Où trouver un annuaire de comportementaliste pour chat" ?

° "Comment le comportementaliste pour chats peut-il nous aider ?