Les signes de mal-être chez le chat

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Le chat est un animal plutôt discret dans l’expression de ses émotions et il n’est pas toujours aisé de savoir si son chat est épanoui. Gwendoline LE PEUTREC-REDON, comportementaliste spécialiste des relations Homme/Chat, nous explique ce qu’est le stress, comment repérer celui –ci chez notre chat et comment améliorer la situation pour que Minet soit bien dans ses coussinets.

Le stress, qu’est-ce que c’est ?

Phénomène décrit par Hans Selye dans les années 1930, le stress est un « syndrôme général d’adaptation ». En effet, autant il est facile pour tout le monde d’imaginer que le stress est négatif et nocif pour l’organisme autant on a tendance à omettre que le stress peut être positif. Selon Hans Selye, le stress est une réponse du corps à une situation qui est censé permettre la survie : la gazelle qui a une montée d’adrénaline lorsqu’elle aperçoit un lion, lui permet de s’échapper plus vite. Le problème avec le stress, c’est quand celui-ci est durable ou alors trop répété dans le temps.

Avec nos chats, c’est ce qui est le plus courant quand l’environnement ou la relation avec l’Humain est inadapté au besoin du chat. Un chat ne va pas être forcément stressé dans le temps mais la succession de stress répétés et intenses peut être à l’origine d’un grand mal-être.

L’organisme du chat va alors rechercher un équilibre, chercher à s’apaiser par différentes stratégies d’adaptation. Ces stratégies pouvant être les comportements gênants pour lesquels les gens sont démunis, ne comprennent pas pourquoi leur chat qui allait si bien est devenu une vraie canaille au quotidien. Le comportementaliste est  appelé, notamment, dans ces situations pour déterminer les causes du stress qui a provoqué tel ou tel comportement indisposant les propriétaires et aider à rétablir un environnement et un relationnel adéquat.

Surtout, quand on remarque que son animal est stressé, il faut en chercher la cause et ne pas les masquer car le comportement initialement choisi pourra se rediriger dans une problématique gênante.

Les signaux de mal-être

La difficulté avec ces signaux de stress c’est qu’ils peuvent aussi traduire une pathologie médicale, une maladie, une douleur… Donc en cas d’apparition brutale, intense et répétée, il faut aller consulter le vétérinaire pour traiter si nécessaire.

Il va y avoir des signaux qui relèvent directement d’attitudes, de mimiques, de postures et d’autres peuvent être plus différés dans l’expression d’un comportement particulier comme les éliminations hors litière, des toilettages intempestifs, des griffades intensives, des miaulements intempestifs, des agressions envers l’humain ou d’autres animaux etc… Les signaux directement observables caractérisent en général une émotion instantanée, un stimulus qui vient juste de se produire tandis que les séquences comportementales peuvent intervenir peu de temps après l’agent stresseur comme plusieurs heures après et signer un état de stress durable.

Voici quelques signes qui vous indiquent que votre chat est en train de vivre un stress, une forte émotion, même positive (n’oubliez qu’en éthologie, on parle aussi de stress positif) : La mydriase ( pupilles dilatées), le rolling skin (petites vagues successives sur le dos du chat), léchage du haut de l’épaule, oreilles qui bougent rapidement, queue qui bat ou  hérissée, coussinets qui transpirent, léchage rapide des moustaches ou des organes sexuels, miaulements/cris/hurlements, pilo-érection (poils du corps hérissé), pellicules (qui disparaissent dans les 24 heures), miction ou défécation soudaine et  vidange des glandes annales. Une attention particulière sera portée au ronronnement qui signifie aussi un stress ou de la douleur chez le chat et pas seulement un moment de confort : c’est l’attitude générale de l’animal et le contexte qui permettent de faire la différence entre l’un et l’autre.

Quand le chat manifeste un ou plusieurs de ces signaux, il est recommandé de ne pas chercher à la réconforter par des câlins ou caresses car ce n’est pas ce qu’il recherche sur le moment. Ces échanges affectifs seront appréciés par le chat lorsqu’il sera détendu et disponible psychologiquement.

Pour le stress durable, d’autres signaux sont observables : excitation, manque de concentration/d’attention, soif en augmentation (attention aux problèmes médicaux), grattages et/ou léchages excessifs, hyper-réactivité, hyper-vigilance, perte de poils, automutilations, pellicules persistances, vomissements…

Rappelons également que le chat est un animal territorial et dans les situations où il se sent stressé, frustré, il va pouvoir multiplier les marquages afin de rendre son espace de vie plus sécure, apaisant. Cela peut prendre la forme d’une amplification des 4 façons de marquer chez le chat : éliminations, griffades du mobilier, frottements (dépôt de phéromones) ou position d’occupation de l’espace (quand le chat s’allonge ou s’assoit sur les nouveaux objets ou objets que vous utilisez).

Les causes du mal-être

Celles-ci sont aussi diverses qu’il existe de contexte de cohabitation. On pourra dire d’une manière très générale et synthétique que tout environnement inadapté aux besoins du chat et/ou que tout relationnel avec l’humain inadéquat sera une cause de stress. La principale difficulté sera de comprendre que ce n’est pas parce que le chat du voisin vit à peu près avec les mêmes conditions de vie que le vôtre que ces deux chats vivront les choses de manière identiques.

En effet, une composante du stress c’est qu’il est individuel ! En fonction de son développement précoce, de sa familiarisation, des expériences vécues tout au long de sa vie, de son tempérament mais aussi de sa condition physique (maladie, handicap, jeunesse, vieillesse…), chaque chat a sa propre jauge émotionnelle et ses propres capacités d’adaptation.

Les principales causes peuvent de trois ordres : physiologique, psychologique ou environnemental.

  • Ainsi un chat malade, qui a le mal des transports, qui est douloureux, dont on a retiré les griffes, qui a faim/soif, qui est sénile ou encore qui ne peut se reproduire (lorsqu’il n’est pas castré/stérilisé) sera davantage sensible aux agents stresseurs.
  • D’un point de vue psychologique, le chat hyper dépendant, sevré précocement, qui est régulièrement puni, qui subit de fortes contraintes ou des interdits, qui est phobique, qui connait des frustrations répétées ou qui s’ennuie aura de fortes chances de développé un état de stress durable
  • Du point de vue environnemental, tout relationnel inadapté avec l’humain (non-respect des codes et signaux du chat, enfants harcelants, maltraitance, arrivée d’un bébé…), tout problème de cohabitation avec des congénères ou d’autres animaux (relation conflictuelle, surpopulation, concurrence à la nourriture, adoption…) et tout environnement insécure (trop de bruit, pas de refuge, inconstance de l’accès à l’extérieur, mauvaise gestion des litières, odeurs parfumées dérangeantes, pas ou peu de support de marquages…) causera très probablement des situations anxiogènes pour le chat

Que faire alors ?

Si vous remarquez ou soupçonnez que votre chat a l’air stressé, inquiet, vous pouvez d’abord vous assurez qu’il ne souffre d’aucun problème médical auprès de son vétérinaire. S’il y a effectivement un souci, procédez au traitement de votre chat et une fois guéri, il devrait ne plus avoir de manifestations de stress. Toutefois, il arrive que le chat associe son état pathologique à un élément de l’environnement et par association, il pourra continuer d’avoir des signaux spécifiques malgré la guérison. Un comportementaliste peut vous aider à déterminer quels sont les points à modifier et les conditionnements/déconditionnements que l’on peut faire pour aider le chat à retrouver son homéostasie sensorielle (niveau d’équilibre d’un individu).

La plupart du temps, vous pouvez déterminez vous-même ce qui est à l’origine du stress de votre chat et faire les modifications vous-même mais parfois cela s’avère très délicat. Notamment parce qu’entre le premier élément anxiogène et l’apparition des comportements précités, il peut s’être écoulé du temps. C’est l’accumulation – la goutte d’eau qui fait déborder le vase– qui peut faire exprimer des comportements qui seront gênants pour vous mais qui seront simplement des tentatives de votre chat de s’adapter à la situation.

Oubliez tout remède miracle qui ne font que cacher les problèmes, les reporter, les rediriger : il y a une raison pour laquelle votre chat est stressé et seuls sa détermination ainsi que sa résolution permettront à votre chat d’aller mieux, de retrouver un environnement serein. Les comportementalistes spécialistes du chat sont à même de vous aider, c’est même le nerf de la guerre de la profession !

Les troubles du comportement

Ici, il s’agit des comportements anormaux dont certains peuvent venir d’une pathologie (nerveuse, motrice…) ou d’un problème d’adaptation : ce comportement est considéré comme anormal parce qu’il n’appartient à l’éthogramme connu du chat ou il l’est mais la fréquence/l’intensité/le contexte d’apparition est anormal. Egalement, ce comportement n’a pas de finalité biologique ou de fonction adaptative évidente. Cela dit, c’est un point très discuté scientifiquement car certains auteurs considèrent que les comportements anomaux, même les plus aberrants, relèvent d’une tentative de l’organisme de s’adapter à la situation.

Les mouvements d’intention, les comportements ambivalents, les activités redirigées, à vide, de déplacement, les stéréotypies comme l’ingestion de matière non-comestible, la coprophagie, les auto-mutilations, les mouvements et déplacements stéréotypés, les agressions exacerbées, par exemple, illustrent cette catégorie.

Il s’agit d’un mal-être profond qui nécessite une véritable réorganisation spatio-temporelle, et relationnelle pour que l’animal s’apaise. L’aide d’un professionnel du comportement compétent est indispensable pour prendre en compte tous les aspects de la situation.

Ainsi, il faut gardez en tête que les signaux de stress de nos chats peuvent être très discrets ou insoupçonnés et que le meilleur moyen de les remarquer reste d’être attentif à tout changement de comportement. Il faut cependant différencier les signaux classiques d’un stress passager qui est normal de ceux marquant un stress durable : il n’y a pas lieu de s’inquiéter lorsque Minet se lèche l’épaule parce que vous sortez le poisson du four, ou qu’il a la peau du dos qui frétille parce que vous le déloger de votre lit, cela, ça s’appelle la vie !                                                                                                                                                                                              

 

 Gwendoline LE PEUTREC-REDON