L'hyperdépendance - Le chat âgé, le chat malade

Consultable en version PDF

Etre confronté à la perte de son chat peut être une épreuve douloureuse mais s’il y avait plusieurs chats à la base, celui qui reste peut aussi très mal vivre la perte de son compagnon. Au-delà de la mort, le chat âgé ou malade est perdu et souvent des comportements étranges apparaissent, comment les gérer ? Gwendoline LE PEUTREC-REDON, comportementaliste spécialiste des relations Homme-Chat vous conseille sur la manière d’agir pour aider au mieux votre animal.

Le chat âgé

Le chat commence à être considéré comme « senior » à partir de 10 ans bien que chaque animal, en fonction de son mode de vie et de sa santé, paraisse plus ou moins vigoureux.

Quand votre chat commence à avoir des capacités sensorielles réduites, qu’il semble souffrir lors des mouvements, de la marche, des sauts et qu’il passe plus de temps à dormir alors Monsieur Félix aura besoin de certains aménagements pour vivre au mieux son quotidien.

Plus vous ferez en sorte que les aléas de la vieillesse soient le moins désagréable et plus vous retarderez certains comportements apparentés à de l’hostilité. Ce n’est bien souvent que l’expression de certaines douleurs que le chat ne peut communiquer autrement.

Ayez à l’esprit que votre chat ne parle pas et s’il est trop sollicité ou plus émotif, il peut cracher, griffer ou mordre.

La désorientation spatio-temporelle est aussi observable à partir d’un certain âge : vous avez l’impression que votre chat « cogite », qu’il ne sait plus où il va, qu’il reste des minutes voire des heures sans réaction ou qu’il « réfléchit ».

Autre signe à prendre en compte : votre chat a toujours été propre et puis petit à petit il s’oublie ou fait ses besoins devant la litière. L’incontinence est un symptôme de la vieillesse mais la difficulté d’accéder à son bac à litière peut aussi déclencher ce problème.

Que faire alors pour le soulager, l’aider à vivre mieux ?

Il s’agira alors de d’aménager le quotidien spatio-temporelle de votre compagnon. Même si le chat vit dans un espace tridimensionnel, il tend à rester au sol avec la vieillesse, ainsi on peut lui proposer ses paniers de couchage et un arbre à chat plus bas et dans une zone moins élargie afin qu’il ait le moins d’efforts à fournir pour y accéder. Toutefois, il conviendra d’observer son chat pour vérifier s’il préfère être au calme dans une pièce isolée ou s’il a besoin d’être parmi ses humains et on optera alors pour le salon, près du canapé.

On adapte sa nourriture avec des croquettes « senior », toujours à volonté et près de sa zone de repos ainsi qu’une gamelle d’eau fraîche changée tous les jours.

La litière : il est impératif que celle-ci soit très facile d’accès, on enlève couvercle et trappe et on choisira des bords peu élevés afin que le chat n’ait pas besoin de se trop se mouvoir.

On en profite pour faire un bilan de santé chez le vétérinaire afin de vérifier, notamment, les reins. Les chats ont tendance à développer des calculs rénaux et insuffisance rénale qu’il faut traiter avec des croquettes spéciales. Un bilan sanguin peut être nécessaire et permet de ne pas passer à côté de maladies importantes dont on s’apercevrait qu’avec l’apparition de symptômes graves.

Un vétérinaire homéopathe pourra apporter une grande aide avec un traitement doux. De la phytothérapie apporte également un complément non-négligeable. Sachez que l’acupuncture est disponible aussi pour les animaux et qu’elle soulage grandement les douleurs.

Pour la question délicate de l’animal en fin de vie et souffrant d’une grave maladie ou que la sénilité est devenue un véritable fardeau, il conviendra de réfléchir à l’option de l’euthanasie en concertation avec votre vétérinaire habituel.

Le chat malade

Cette  problématique est plus large puisqu’elle touche tous les âges. Parfois même des tous jeunes de quelques semaines.

Les maladies sont diverses et variées, que le chat sorte à l’extérieur ou non, qu’elles soient chroniques ou passagères mais dans tous les cas, il y a des symptômes physiques auxquels s’ajoute souvent les difficultés de traitement.

Dans un premier, il est fortement déconseillé de pratiquer l’auto-médication car pour un même symptôme, l’infection peut être différente. Ce n’est pas parce qu’on vous a prescrit un collyre pour un œil qui coule que la fois suivante il faudra remettre le même.

Pour information, on parle de coryza mais ce terme n’est pas la désignation d’une maladie mais bien un ensemble de symptômes – yeux qui coulent, éternuements, toux, ulcères buccaux, gingivite …– qui comprend notamment le calicivirus, l’herpesvirus ou la bordetella ainsi ces agents ont chacun un traitement différent)

Quand le chat est souffrant, il faut le laisser au calme et le soustraire de toutes tensions. En effet, le stress a une forte influence sur le système immunitaire et un chat sous tension peut développer certaines maladies ou ralentir la guérison.

Pour la prise de comprimés, souvent une galère, il est important de rappeler que le chat a une mémoire associative et que toutes émotions stressantes seront reliées à l’évènement vécu à ce moment. Plus un chat sera stressé lors du traitement et plus il appréhendera ces moments, il anticipera et cela se passera de plus en plus mal. Il faut que vous soyez calme, que vous approchiez votre chat doucement. Ouvrez-lui la gueule avec précaution et mettez le comprimé au fond de la gorge. Refermez sa gueule et frottez sa gorge pour être sûr qu’il avalera le comprimé. De suite après, proposez à votre chat une friandise ou quelque chose qu’il adore pour créer cette fois une association positive. A savoir que cela permettra surtout de réduite l’impact de ce moment désagréable mais ça ne rendra pas non plus votre chat fan des traitements médicamenteux.

Quand son « meilleur ami » s’en va…

L’hyper-dépendance

Un chat peut être trop fortement attaché à un humain, à un autre chat ou un chien. Ce phénomène est amplifié par le sevrage précoce du chaton, c’est-à-dire qu’il a été séparé de sa mère et de sa fratrie avant ses 3 mois.

On remarque que l’attachement est de l’hyper-dépendance lorsqu’en l’absence de l’être en question, le chat va produire des comportements lui permettant d’apaiser son stress. Cela peut-être de la malpropreté, de l’agressivité, des griffades sur les murs ou le mobilier, des mâchouillements sur les objets appartenant à l’être d’attachement mais aussi des comportements autocentrés tels que le léchage excessif du pelage (alopécie) voire des automutilations.

Il est nécessaire dans ces cas-ci de réapprendre au chat à être plus indépendant pour se sentir mieux. Le problème réside souvent en ce que les propriétaires trouvent agréables ces démonstrations « affectives » et qu’ils n’ont pas conscience de la frustration vécue par leur chat en leur absence. Un comportementaliste spécialiste des relations Homme/Chat saura analyser la situation, le profil de votre chat et vous faire les propositions adaptées.

Il n’est plus là…

En cas d’hyper-dépendance surtout mais même dans le cadre d’une cohabitation sereine, le décès de l’être d’attachement humain ou animal pourra avoir de grosses conséquences sur l’équilibre émotionnel du chat.

Par rapport aux chats, cet être peut avoir un lien de parenté ou non mais on note souvent que ce lien fort uni mère et fille.

Celui avec lequel le chat avait l’habitude de partager son quotidien, n’est plus là et les automatismes de tous les jours sont chamboulés, la présence rassurante manque.

Vous pouvez apercevoir votre chat errer dans toute la maison, renifler et se frotter aux meubles mais aussi entendre des miaulements longs et sourds qui expriment son mal-être. Il peut refuser de s’alimenter et passer beaucoup de temps à dormir, il ne joue plus et ne répond plus à vos sollicitations. Ajoutez à tout cela les manifestations comportementales sus mentionnées concernant les sujets hyper-dépendants.

Il faut alors apaiser toutes les tensions afférentes au territoire du chat : ceci peut comprendre le relationnel avec l’humain, la litière, les griffoirs, la gestion de la nourriture, les sorties à l’extérieur, l’ennui…

Et, dans un laps de temps pas trop long, l’accueil d’un chaton peut aider grandement votre chat à surmonter cette période difficile. Attention, cela ne veut pas dire qu’il acceptera n’importe quel chat donc préférez un chaton que vous adopterez à ses 3 mois minimum pour qu’il ait bénéficié d’un sevrage affectif et éducatif complet. Choisissez votre chaton chez une famille qui ressemble à la vôtre, qui a le même contexte de vie pour assurer une bonne transition, que le nouveau venu ait une bonne gestion émotionnelle et de bonnes capacités d’adaptation.

Lorsque vous les mettez en présence, ne forcez ni l’un ni l’autre au contact, laissez se rencontrer quand ils le désirent, prévoyez une pièce avec des cachettes et des replis en hauteur s’ils souhaitent, dans un  premier temps, s’isoler. Moins vous interviendrez dans la relation et plus ils risquent fort de nouer une relation saine et bienfaisante : le chaton fraîchement séparé de sa fratrie trouvera un « copain » congénère et le premier s’attachera vite à cette nouvelle présence.

Vous perdez votre chat.

Nul doute que la perte de votre chat qui partageait votre quotidien vous provoquera une grande tristesse surtout si le décès est arrivé brutalement et que vous n’avez pu vous y préparer.

Si c’est possible sachez que vous pouvez faire incinérer votre animal et récupérez les cendres qui vous sont chères. Pour vous aider au mieux au deuil de votre compagnon, vous pouvez choisir de l’enterrer et fleurir sa dernière demeure si cela vous fait du bien.

Le deuil est individuel et chaque personne aura sa manière de réagir. Ne culpabiliser pas si votre manière à vous c’est de ne pas récupérer le corps car trop douloureux. Si vous avez trouvé votre chat chez vous, vous pouvez l’amener chez le vétérinaire qui le fera incinérer.

Certaines personnes auront besoin d’une période plus ou moins longue pour envisager de peut-être prendre un nouveau compagnon, il est important d’écouter toute la famille pour faire le meilleur choix.

L’écueil a évité avec le nouveau chat c’est de le comparer, consciemment ou non, avec le précédent. Le souci c’est qu’il y aura toujours cette tendance à dire « avant Minet faisait ça » et vous attendrez certaines choses que Félix ne sera pas en mesure de produire entraînant alors déception pour vous et mal-être pour le chat.

Tant que faire se peut, choisissez un chat le plus possible différent du précédent tant au niveau du sexe, que de la couleur ou de la race. Cela évitera le phénomène précédemment décrit et qu’on ne contrôle pas toujours.

Comme précisé ci-dessus, si vous prenez un chaton il faut qu’il ait 3 mois minimum mais si préférez sauver un félin en adoptant dans une association ou à la SPA, n’hésitez pas à faire appel à un comportementaliste pour un entretien unique permettant d’appréhender qui est ce chat et ce que vous pourrez faire au mieux pour que les traumatismes de l’abandon ne ressurgissent pas. Et oui, souvent, les chats adoptés sont ramenés aux refuges peu de temps après car les comportements produits sont insupportables et peu de personnes savent qu’en 2 heures, un professionnel pourra les aider et finalement les soutenir dans la bonne œuvre de l’adoption.

 

 Gwendoline LE PEUTREC-REDON