Comprendre et aimer les chats

Le chat est un être qui sait s’adapter : sommes-nous prêts à en faire autant pour l’aider quand il va mal ?

Le chat est entré dans nos vies depuis près de 9000 ans, si l’on en croit les dernières découvertes archéologiques faites à Chypre, où un homme et un chat étaient enterrés l’un à côté de l’autre dans une tombe…et ce sont 9 millions de chats qui partagent notre foyer aujourd’hui en France.
Tantôt adulé comme une déesse en Egypte, tantôt haï pour être le compagnon des sorcières et du diable au Moyen Age, c’est sa fonction de protecteur des récoltes qui lui permit finalement d’entrer à nouveau dans nos foyers, à la campagne d’abord, puis en ville. Ce qui ne cessera jamais de nous étonner, c’est que le chat possède la faculté quasi « surnaturelle » se s’adapter à toutes les situations, modes de vie et environnements. D’ailleurs, c’est peut-être en s’adaptant à l’homme en particulier qu’il a pu survivre et procréer avec tant d’efficacité au cours des millénaires, traversant plusieurs fois les continents, les guerres, les épidémies.
Qu’attendons-nous du chat aujourd’hui ? Cela peut sembler incroyablement futile, et pourtant si vital à notre époque : nous aimons le chat pour sa présence à nos côtés et pour l’affection qu’il nous donne ou qu’il accepte de recevoir. Le mal de notre siècle n’est-il pas le cruel manque d’amour et de sollicitude ? Avec sa tendresse, son air jouette et ses attentions, le chat nous aide à sentir qu’il est possible d’aimer et d’être aimé, de donner et de recevoir de l’affection. Perdre son regard dans le sien, tremper les doigts dans sa fourrure si douce, se laisser conquérir par ses frottements affectueux, ses ronrons rassurants, sa silhouette féline… Voilà ce que les adeptes des chats aiment de cet animal.
Et parce qu’il n’est pas possible d’instaurer avec un chat une relation basée sur l’autorité et l’obéissance, cela fait de lui un animal dont il faut « mériter » les attentions. Ce que certains appellent de l’ingratitude résulte simplement du fait que le chat n’est pas un animal complètement social. Il est même classé dans la famille des animaux dits « solitaires », car son cousin le chat sauvage roule sa bosse tout seul, et ne retrouve ses congénères que pour la reproduction et l’élevage des portées. Pourtant, le chat domestique que nous connaissons ne semble pas si asocial. En effet, sa capacité d’adaptation est encore à l’œuvre : un chat domestique peut autant être un animal social qu’un animal solitaire. Pour qu’il reste à nos côtés, il nous faut donc gagner sa confiance.

L’absence d’activité : un vrai problème

Mais cette capacité d’adaptation comporte tout de même des limites. Et lorsque celles-ci sont dépassées, des troubles du comportement apparaissent.
Le chat semble pouvoir vivre aussi bien à l’extérieur d’une maison qu’à l’intérieur d’un appartement, quelle qu’en soit la taille. Oui et non. Cela dépend en fait du tempérament de chaque individu. Certains chats sont plus calmes que d’autres, plus âgés aussi, ce qui peut aider. Les chattes ont globalement besoin de moins d’espace que les mâles.
En fait, ce dont souffre le plus souvent le chat domestique, c’est …l’absence d’activité. En effet, peut importe que le lieu de vie fasse 200m2 ou seulement 30m2, cela ne change pas ses besoins : être stimulé, agir, jouer, et de se mettre en mouvement pour assurer sa survie. Car quoi qu’on en dise, un chat qui n’a pas accès à l’extérieur (et pas juste un balcon…) reste un animal enfermé. Cette inactivité est une des plus importantes source de troubles du comportement chez le chat. On ne parle pas vraiment d’ennui chez l’animal, car c’est un sentiment proprement humain.
Mais si l’on considère que tout être est constitué d’un capital énergétique permettant la vie, (rechercher la nourriture, avoir des contacts sociaux, s’occuper de ses petits…), alors disons que nous obligeons le chat à accumuler cette énergie, sans possibilité de l’utiliser. Ce « trop-plein » peut avoir des effets plus ou moins graves et dépend encore une fois de chaque individu. Pour certains chats, l’inertie sera l’unique réponse. Ils passeront leur vie à dormir, manger, dormir (et se feront traiter de paresseux…). Ce calme apparent n’est donc pas si naturel, et ne traduit en tout cas pas un épanouissement de l’animal.
D’autres chats peuvent devenir de véritables « Dr. Jeckyll et Mr Hyde ». En effet, ils sont capables d’être adorables, débordants d’amour et de tendresse, et peuvent pourtant ponctuellement, sans prévenir, devenir des animaux agressifs, voire dangereux. C’est leur façon instinctive de réagir à cette absence d’activité imposée.

Remédier à l’inactivité

En fait, il existe des solutions, mais sommes-nous toujours prêts à les envisager ? Par exemple, si nous choisissons d’adopter un chaton, pourquoi ne pas adopter son frère ou sa sœur en même temps ? Nous craignons que le chat s’enfuie, et nous lui empêchons systématiquement de sortir dans la cour d’immeuble, dans les escaliers ou même dans le jardin. Pensons-y sérieusement : y a-t-il un si grand danger ? Nos peurs de perdre notre chat (qu’il s’échappe, ne revienne pas, ou se fasse écraser) justifient-elle raisonnablement qu’on l’empêche de vivre ? Voilà pourquoi des promenades effectuées sous votre regard attentif (mais non inquiet) sont tout à fait envisageables. En plus, ne sous-estimons pas l’attachement que notre chat peut avoir pour nous (et sa gamelle). Si c’est un animal stérilisé (et qui n’a donc pas de raison de courir les jupons à trois kilomètres), il reviendra chez nous, c’est son refuge.
D’autres précautions de bases peuvent être mises en place. Par exemple, lorsque nous adoptons un chaton, il faut prévoir durant les premières semaines d’être plus présent à la maison que d’ordinaire. Laisserions-nous un petit d’Homme seul dans un appartement pendant des heures entières ? Non bien sûr, nous l’entourons d’amour et de vie. La même précaution est de mise pour un chaton. Sans stimulations d’aucune sorte, ni contacts avec de congénères, il y a des risques que le petit être ne devienne plus tard un individu anxieux, hyperactif parfois, souvent déséquilibré.
Autre précaution : jouer avec son animal pour qu’il se dépense un peu. Les caresses et les câlins d’accord, mais ça ne remplace pas des instincts de chasse ! D’aucuns vous diront d’investir dans des jouets : toujours bon à prendre. Mais s’il n’y a personne pour les mettre en mouvement, c’est un peu moins drôle. Si le chat est un animal qui déborde d’imagination quand il s’agit de s’inventer une proie et de jouer seul, il n’en reste pas moins qu’il peut être utile et agréable pour lui d’être provoqué au jeu en poussant ses balles, agitant une ficelle etc.

L’anxiété

L’inactivité n’est pas la seule source de trouble de comportement chez le chat domestique, qui est un animal très sensible. Une multitude de facteurs peuvent engendrer l’anxiété chez le chat, et toutes aussi nombreuses sont les manifestations de cette anxiété : agressivité, souillures, griffades, vomissement, maladies, automutilation etc., la liste est longue.
Par exemple, le chat est un compagnon idéal dans les mauvais moments. Mais en fait, dans le même temps, il absorbe en partie nos émotions négatives. Un maître stressé ou anxieux a de grandes chances de rendre son animal dans le même état que lui. C’est un cadeau extraordinaire que le chat nous fait de partager nos hauts et nos bas, mais c’est cela a parfois un prix.
On soupçonne rarement qu’un chat qui fait en dehors de sa litière par exemple puisse en fait souffrir d’anxiété. On croit généralement que c’est sa façon à lui de « protester », ou de « se venger ».
Et malheureusement, nous humains, avons la fâcheuse tendance de croire que nos animaux familiers pensent un peu comme nous (c’est l’anthropomorphisme), ce qui implique que nous réagissions avec eux comme nous le ferions avec un humain. Or, généralement, l’animal ne comprend pas nos réactions comme nous le voudrions, car il ne possède pas les mêmes codes de compréhension, ni les mêmes capacités intellectuelles qu’un homme (quoi qu’il soit très doué pour des choses auxquels nous n’avons pas accès).
Nos comportements mutuels sont mal interprétés, et ces quiproquos entraînent généralement de l’anxiété permanente chez le chat, ce qui signe le début des problèmes pour les propriétaires.

Faire appel à un comportementaliste pour chat

Mais à tout problème une solution existe. Bien souvent on croit -à tort- que le chat est un animal trop indépendant pour que l’on puisse faire quoi que ce soit lorsque la situation se dégrade. Peu de gens connaissent l’existence des comportementalistes, et en particulier ceux qui sont spécialisés dans le comportement du chat. Pourtant, ce n’est pas parce que l’on ne peut pas dresser un chat comme un on dresse un chien qu’il n’existe pas de possibilités pour améliorer les situations.
Le comportementaliste peut en effet aider les familles qui se trouvent confrontées à un chat qui, pour des raisons qu’ils ignorent ou comprennent mal, se comporte d’une manière étrange, voire devient dangereux pour les enfants. Sorte de « détective » des comportements (animaux et humains), il tente de comprendre lors des consultations les tenants et aboutissant de la situation. Par ses connaissances en éthologie (biologie du comportement des espèces animales) il peut repérer, soit en voyant l’animal, soit en écoutant le récit des personnes, des comportements du chat qui sont passés inaperçus et qui pourtant ont une signification importante dans l’explication du problème.
Cette médiation entre la famille et le comportementaliste est un échange passionnant, d’abord parce que cela peut sérieusement améliorer les choses (et parfois sauver des chats de l’euthanasie), et aussi parce que c’est l’occasion de percer quelques mystères des comportements de notre minou.
Mais faire appel à un spécialiste implique de la part des propriétaires une capacité de compréhension, et une souplesse d’esprit. Car quoi que l’on en dise, il faudra d’une manière ou d’une autre changer quelques petites habitudes, ou remettre en question certaines pratiques (des punitions disproportionnées par exemple). Le comportementaliste n’est pas un médecin qui prescrit un médicament ou un anxiolytique, et qui soigne les symptômes. Il s’attache à comprendre les fondements du problème, pour mieux les déraciner. Il travaille en particulier sur la relation que les maîtres entretiennent avec leur animal, ce qui implique d’avance qu’il y aura du « travail » pour le chat autant que pour la ou les personnes.


Pour conclure, si le chat est un animal qui sait merveilleusement s’adapter à nous, cela n’empêche que nous devions nous aussi, quand il le faut, s’adapter à ses besoins, ses possibilités, son amour, tout simplement.

 

Florence d'Ivernois, éthologue et comportementaliste pour chat